Vous avez dit David contre Goliath? (09/02/2014)

Les réactions  des pourfendeurs de l’immigration et de leurs suppôts ne se sont pas fait attendre: le peuple seul, désarmé, aurait battu les élites.

Une histoire digne des plus beaux contes liés à la création de notre pays... Guillaume Tell armé de son seul courage, seul contre tous.

Et pourtant, n’en déplaise aux initiants, cette campagne et son résultat découlent d’un tout autre processus.

Rappeler d’abord que la campagne a vu un investissement financier et humain massif des deux côtés. Les sommes débloquées par les courants de droite nationaliste n’ont rien à envier à celles investies par le camp du non. Loin de la vision du « David contre Goliath » que certains journalistes en mal de sensation tentent de nous faire avaler aujourd’hui.

Le résultat de ce dimanche n’a rien non plus d’un message du peuple contre ses élites. En fait, il reflète avant tout un pays partagé. D’un côté il y a les régions les plus touchées par le chômage, la pénurie de logements et la mobilité des pendulaires qui, à l’exception du Tessin, votent largement en faveur de l’ouverture. Ceux-là mêmes qui sont directement concernés et en concurrence avec les étrangers refusent donc l’enfermement.

De l’autre côté, il y a une Suisse qui bénéficie largement de l’ouverture au monde sans en payer au quotidien les conséquences. Grâce au tourisme, à des régimes fiscaux favorables aux riches étrangers et à un système de péréquation qui voit les grandes villes suisses équilibrer leurs budgets déficitaires, les Uri, Schwytz et Appenzell, sont clairement les bénéficiaires du dynamisme économique de la Suisse. Et pourtant, ce sont eux qui sont les plus sensibles aux fantasmes et autres discours apocalyptiques sur la migration de la droite conservatrice.

Et au final, les grandes villes Suisses, leur ouverture  et leur dynamisme économique se sont fait battre ce dimanche, pour quelques milliers de voix.

Il s’agira désormais de mieux accompagner l’ouverture mais aussi de faire comprendre à certaines régions qu’elles ne peuvent pas tuer la poule aux œufs d’or et vouloir continuer de vivre à ses dépends. Il faudra leur faire comprendre que la Suisse dont elles rêvent est un mirage dont la quête pourrait leur coûter très cher.

Et pour la droite dite ouverte, libérale et responsable, il faudra tirer les enseignements de ce dimanche et admettre que l’ennemi de la croissance économique de la Suisse se trouve clairement à sa droite.

Il est dès lors temps pour elle d'entrer en matière sur des concessions sociales et écologiques qui lui coûteront, au final, bien moins cher que les conséquences de l’enfermement défendu par ses alliés d’extrême droite.

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