Sphère privée : le double discours

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On a beaucoup parlé de sphère privée ces derniers temps.

 

D’un côté, on nous annonce la prochaine installation de plusieurs caméras de surveillance au cœur de Genève. Après Carouge, le quartier des Pâquis va en effet se voir équipé de caméras.

Avec une nouveauté de taille : le dispositif prévoit du personnel qui scrutera en direct les images retransmises sur les écrans. Permettant d’observer, jour après jour, les faits et gestes des habitants de ce quartier.

 

Je ne reviendrai pas ici sur le coût très élevé de ce système qui nécessitera du personnel en nombre pour suivre les péripéties des Pâquisards en direct. Cela, contraintes budgétaires obligent, au détriment des patrouilles policière sur le terrain.

 

Le rêve de Bentham devient réalité. Un panoptique élargi à tout un quartier, voire une ville. Observer sans être vu. Surveiller des populations entières sans se « salir » avec une présence sur le terrain.

 

Et en 2013, les rares protestations face aux atteintes évidentes à la sphère privée sont immédiatement balayées.

Car finalement, n’ont à craindre les caméras de surveillance que celles et ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Dès lors, les honnêtes citoyens et leurs biens peuvent se balader tranquiles.

 

J’ai, je dois le dire, un peu de peine à accepter l’argument. Car il n’y a pas besoin de commettre un crime pour trouver désagréable la sensation d’être épié en permanence.

 

Et surtout lorsque, quelques jours plus tard, j’entends les mêmes millieux pro-caméras protéger urbi et orbi la sphère privée. Car dès lors que l’on parle d’échange automatique de données bancaires, de transparence fiscale ou de financement des partis, l’argument cité plus haut disparaît comme par magie.

 

Le secret sur ses impôts, ses revenus ou sa fortune serait-il plus important que celui lié à ses mouvements, ses occupations et ses relations ?

 

Ou serait-ce une fois de plus la volonté de certaines élites privilégiées de contrôler les milieux populaires tout en s’octroyant, pour leur(s) compte(s), des largesses législatives ?

 

Commentaires

  • N'y a-t-il pas à vos yeux une différence entre son comportement dans l'espace public (la rue) où vous êtes de toute façon visible de tout le monde et de son comportement dans l'espace privé qui ne regarde que vous et vos proches ?

  • @Philippe C.: intéressant, vous tenez là exactement le même discours que celui d'Ahmadinejad et du régime des mollahs en Iran!

  • La différence entre sphère privée et publique n'est pas aussi claire. Vous avez d'un côté des quartiers où la population utilise l'espace public comme extension de la sphère privée. Lorsque l'on vit à 5 ou 6 dans un 4 pièces il n'est possible de s'isoler que dans la rue. Dès lors, descendre en bas de chez soi pour fumer une cigarette justifie-t-il d'être filmé? Et de l'autre côté on trouve des habitants qui protègent leur parcelle de 10'000 m2 d'une clôture électrifiée. Car l'idée même d'être importuné leur est insupportable. Ceux-ci effectivement ne seront filmé que s'ils décident expressément de se balader dans les rues concernées.
    Ce sont deux réalités.
    Je ne connais aucun propriétaire de villa qui demanderait à être filmé lorsqu'il sort de sa maison dans le jardin. Au contraire, il cherche à s'isoler du regard des autres. Ce réflexe est naturel. Pourquoi ne l'accorde-t-on pas aux plus démunis?

    Je pense donc que filmer des individus qui sortent de chez eux ou y entrent et qui n'ont rien demandé nécessite un peu plus de réflexion qu'un simple réflexe ultra-sécuritaire.

    Quant à la transparence fiscale. Il ne s'agit pas de limiter la liberté des individus mais bien d'éviter que les plus nantis puissent se soustraire à des obligations légales (l'impôt).
    Appartement, voiture, téléphone, nombreux sont les possessions qui demandent d'être expressément déclarées. Sans que cela choque qui que ce soit. Il ne viendrait pas à l'idée qu'une voiture circulant ne soit pas immatriculée. Qu'elle n'ait pas de propriétaire reconnu. Et pourquoi les revenus ne doivent-ils pas être rendus publics, comme dans les pays nordiques? Il y a toujours des riches et des pauvres dans ces pays. Il n'y a pas de révolution sociale.
    La transparence permet simplement d'éviter une bonne partie de la fraude fiscale. Véritable plaie de nos sociétés.

  • Je pense que la vidéoprotection est un outil parmi d'autres pour lutter contre la délinquance. Pas un remède miracle mais juste une aide supplémentaire. Ce qui m'étonne c'est qu'il y a encore quelques années les Verts et le PS parlaient d'état policier, de dictature ou autres dès que l'on parlait de mettre plus de policiers, quand la vidéosurveillance n'était pas encore dans l'ère du temps. Aujourd'hui c'est le même discours avec les caméras mais les policiers en plus ne sont plus un problème. Ce qui m'interpelle c'est que chaque proposition pour lutter contre la violence ou les délits est systématiquement combattu par ces partis. Je ne comprendrais jamais.

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