Vous avez dit David contre Goliath?

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Les réactions  des pourfendeurs de l’immigration et de leurs suppôts ne se sont pas fait attendre: le peuple seul, désarmé, aurait battu les élites.

Une histoire digne des plus beaux contes liés à la création de notre pays... Guillaume Tell armé de son seul courage, seul contre tous.

Et pourtant, n’en déplaise aux initiants, cette campagne et son résultat découlent d’un tout autre processus.

Rappeler d’abord que la campagne a vu un investissement financier et humain massif des deux côtés. Les sommes débloquées par les courants de droite nationaliste n’ont rien à envier à celles investies par le camp du non. Loin de la vision du « David contre Goliath » que certains journalistes en mal de sensation tentent de nous faire avaler aujourd’hui.

Le résultat de ce dimanche n’a rien non plus d’un message du peuple contre ses élites. En fait, il reflète avant tout un pays partagé. D’un côté il y a les régions les plus touchées par le chômage, la pénurie de logements et la mobilité des pendulaires qui, à l’exception du Tessin, votent largement en faveur de l’ouverture. Ceux-là mêmes qui sont directement concernés et en concurrence avec les étrangers refusent donc l’enfermement.

De l’autre côté, il y a une Suisse qui bénéficie largement de l’ouverture au monde sans en payer au quotidien les conséquences. Grâce au tourisme, à des régimes fiscaux favorables aux riches étrangers et à un système de péréquation qui voit les grandes villes suisses équilibrer leurs budgets déficitaires, les Uri, Schwytz et Appenzell, sont clairement les bénéficiaires du dynamisme économique de la Suisse. Et pourtant, ce sont eux qui sont les plus sensibles aux fantasmes et autres discours apocalyptiques sur la migration de la droite conservatrice.

Et au final, les grandes villes Suisses, leur ouverture  et leur dynamisme économique se sont fait battre ce dimanche, pour quelques milliers de voix.

Il s’agira désormais de mieux accompagner l’ouverture mais aussi de faire comprendre à certaines régions qu’elles ne peuvent pas tuer la poule aux œufs d’or et vouloir continuer de vivre à ses dépends. Il faudra leur faire comprendre que la Suisse dont elles rêvent est un mirage dont la quête pourrait leur coûter très cher.

Et pour la droite dite ouverte, libérale et responsable, il faudra tirer les enseignements de ce dimanche et admettre que l’ennemi de la croissance économique de la Suisse se trouve clairement à sa droite.

Il est dès lors temps pour elle d'entrer en matière sur des concessions sociales et écologiques qui lui coûteront, au final, bien moins cher que les conséquences de l’enfermement défendu par ses alliés d’extrême droite.

Lien permanent Catégories : Humeur, Votations 5 commentaires

Commentaires

  • Les exigences constitutionnelles suisses ne seront jamais acceptées par l'Europe. Quel est le premier pays de l'UE qui le fait savoir.

    Europe. Europe. Europe. Alors pour être clair, par les 28 Etats de l'UE, avec ratification parlementaire dans leur pays (article 18 du traité). C'est donc la fin de l'accord de libre circulation des personnes.

    La clause guillotine est une clause de l'ALCP (article 25 (4)) qui prévoit que les 6 autres accords des Bilatérales I tombent en cas de dénonciation par l'UE ou la Suisse. Nul besoin de l'activer. Certes, on peut la désactiver. Mais cela nécessite, comme toutes les modifications de l'ALCP, à l'exception de celles qui portent sur les annexes II et III, l'accord des 28 Etats et, qui plus est, selon leurs procédures nationales de ratification (article 18).

    Là, à nouveau, cela ne sera jamais accepté par tous les 28 Etats. Dès lors que l'un dit non, la messe est dites.

    http://www.admin.ch/opc/fr/classified-compilation/19994648/index.html

    Je m'étonne de la vue que l'on a de l'UE. On dirait que Barosso et Redding décident. La Suisse va se heurter à 28 Etats européens.

    En conséquence de la fin de la libre circulation des suisses à l'étranger, les suisses devenus pleinement extra-communautaires, dont les retraités au petits moyens, peuvent rêver quant à leur établissement en Europe. Les riches, les bobos pas de problèmes pour eux.

    L'économie sera impactée, les investissements et créations d'emplois vont diminuer. Le chômage va augmenter. Les prestations sociales ne seront plus assurées faute de rentrés fiscales et parafiscales suffisantes.

    Il faudra donc appliquer la préférence nationale à l'emploi et déclarer non grata les étrangers en trop, comme lors de la crise de 1973.

    Les personnes, âgées ou non, aux petits moyens ne peuvent plus rester en Suisse. Tous devront se voir appliquer le critère de moyens d'existence suffisant au niveau extra-européen pour résider en Suisse.

    Schengen et Dublin tomberont.

    Schengen, on pourra remettre des garde-frontière aux postes frontières, cela ne sera pas plus efficace que les contrôles volants : il manque de garde-frontière. Avec Easyjet cela sera la queue extra-européenne à l'entrée dans l'UE. Pas grave. Et les frontières terrestres ? : Genève-Ferney et c'est l'entrée dans l'espace Schengen. Une dérogation à Schengen, comme la Suisse en avait bénéficié par le passé lors d'un rapprochement, alors que l'on est en phase d'éloignement, j'en doute. Il y a 24 Etats européen qui n'y ont aucun intérêt.

    Dublin tombé, double demande d'asile possible, une en Suisse et une en UE. La Suisse sera débordée de demandeurs et donc de dealer. Et ceux là passeront la frontière.

    J'arrête là et je reviens à la préférence nationale à l'emploi. Il n'y a pas divergence entre les textes allemands, : préférence aux suissesses et suisses, ou italien et français : préférence nationale.

    Nation, nationalité, national. Les nationaux en Suisse sont les suisses pas les résidents. La préférence est aux nationaux. Faute de quoi nous allons couler.

    D'ailleurs la presse étrangère commence à le comprendre.

    Le contraire serait une trahison. Alors oui, Nydegger, le double national, alors oui, Freysinger, au père autrichien, alors oui Voiblet et d'autres encore, telle Meissner, ont pris le chemin de trahison.

  • Excellent billet! Vous mettez tout-à-fait judicieusement le doigt sur un des paradoxes révélés par cette votation: que l'ouverture de la Suisse par rapport à l'Europe est en fait conditionnée (et prétéritée) par des tensions structurelles et fiscales entre ses propres régions. Les conséquences bien réelles auxquelles vont être confrontés les centres urbains les amènera peut-êre à être plus aggressif dans la défence de leurs intérêts, soit via un réel engagement en faveur de l'ouverture européenne, soit par une remise en cause de la péréquation financière et des équilibres intra-nationaux.

  • Désolée je n'ai pas voté contre les élites mais contre les voyous et malfrats de tous bords. Pour sortir et rentrer tard en toute sécurité, dormir les volets ouverts en été, etc etc comme dans les années 70/80 et début 90!

  • Belle analyse, mais qui occulte peut-être le volet non-économique de la question. Comme toujours, on a parlé de réussite économique versus peur de la crise pour faire échouer cette initiative. L'économie, toujours l'économie…
    Si on se place sur un plan plus éthique (osons le mot !), on peut se demander si cette moitié des Suisses qui a voté pour "l'ouverture" du pays, ne l'a pas fait en grande partie, et très égoïstement, par peur d'une crise économique qui aurait touché son niveau de vie, plutôt que par idéal d'un monde ouvert, sans barrières ni frontières. Ne sommes-nous pas très loin d'une Internationale des travailleurs (celle rêvée par tant de "gauchistes" de ma génération) ? Loin aussi du rêve d'un monde de fraternité entre les peuples ? Rappelons à ce propos que l'ouverture des frontières ne concernait dans cette question "que" une partie des européens seulement. Quid des autres peuples ? Maghrébins, Sud-Américains… eux seraient encore considérés de toutes façons comme des "estrangers", persona non grata au sein de notre beau Pays ?
    De l'autre côté, parmi l'autre moitié des Suisses qui auraient choisi la voie de "l'enfermement", on peut se demander combien l'ont fait par mouvement nationaliste (celui défendu par l'UDC), de défense de nos sacro-saintes frontières, et combien par désir de que nos autorités mettent davantage l'accent sur l'échelle locale et régionale de notre vie quotidienne, face à une mondialisation ultralibérale et trop uniformisatrice de nos cultures. Un retour au "territoire" en somme, qui n'est pas si éloigné des mouvements actuels très "tendance", en faveur du "local" et souvent assez proches de préoccupations écologistes. Bref, il y a du terrain pour de belles analyses sociologiques et géographiques de la question… à condition de prendre un peu de hauteur et de quitter une vision manichéenne de la société en se plaçant sur le plan éthique, idéologique et des valeurs défendues par les uns et par les autres.

  • Renato Scariati @ "et souvent assez proches de préoccupations écologistes."
    Qui s'exprimeront avec Ecopop. L'écologie de gauche est un peu une escroquerie, la gauche étant productiviste par essence...
    La population mondiale ne devrait pas dépasser les trois milliards, selon Philippe Roch. Le malthusianisme n'est pas très bien vu à gauche...

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