Contester Frontex, un acte d’humanité

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La Suisse s'apprête à augmenter son soutien aux gardes-frontières européens de Frontex. Mais il est encore temps de dire «stop» aux dérives ultra sécuritaires qui jour après jour amputent nos libertés, nos droits et surtout la dignité et la protection des migrants qu’on laisse depuis trop longtemps se noyer sur l’autel de notre sécurité.

S’il y a un domaine sur lequel le pape François a raison, c’est bien sur notre rapport aux migrants. D’abord parce que la Suisse, comme les autres pays riches, est en grande partie responsable des crises, y compris climatiques, qui touchent les populations en détresse qui frappent aux portes de l’Europe. Ensuite parce que notre capacité à accueillir nos semblables en proie à des périls est au cœur de notre humanité. Ainsi, lorsque le dogme de «la barque est pleine» conduit à la souffrance et à la mort, nous avons le devoir de nous interroger sur nos valeurs et de questionner notre fonctionnement et nos institutions.  

Bras armé de l'UE

En signant le référendum contre l’augmentation drastique des moyens - en argent (de 24 à 61 millions de francs par année) et en personnel - alloués par la Suisse à l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), nous avons l’occasion de défendre notre tradition humaniste en refusant d’engraisser aveuglément cette machine répressive qu’est Frontex, comme l’a malheureusement voté de justesse notre parlement cet automne.

Ce bras armé de l’Union européenne (UE), créé en 2005 pour protéger et surveiller les frontières extérieures du continent, n’a en effet cessé de grossir jusqu’à en devenir incontrôlable, ainsi que l’ont révélé ces dernières années plusieurs de ses interventions totalement contraires au respect le plus élémentaire des droits humains (Pologne/Belarus, Bosnie, mer Egée, Méditerranée). Des dérapages dénoncés par de nombreuses ONGs, par l’Office européen de lutte antifraude et même par le Parlement européen qui a bloqué en octobre dernier 12% du budget 2022 de Frontex pour manquement au respect des droits humains. Ces montants ne seront éventuellement débloqués que lorsque les 20 observateurs des droits humains manquants auront été engagés et qu'un monitoring pour le signalement d'incidents liés aux droits fondamentaux aux frontières aura été mis en place. 

Suisse complice

La Suisse, en tant qu’Etat membre de l’Espace Schengen, est aujourd’hui déjà pleinement complice de ces exactions et de la répression croissante sur les populations migrantes. Elle doit donc également prendre ses responsabilités et conditionner le financement d’une institution qui met en péril les valeurs au cœur-même de notre humanité.

Car si je défends depuis longtemps un rapprochement entre la Suisse et l’Union européenne (UE), c’est aussi pour pouvoir agir sur ses institutions et défendre une vision plus inclusive, égalitaire et durable de notre société. C’est ainsi que remettre en question le fonctionnement de Frontex n’est pas un rejet de l’UE mais au contraire, le signal que la Suisse est prête à s’y associer en participant activement à façonner ses institutions. 

Signal fort

Au final, si le budget de Frontex était refusé par le peuple suisse, cela enverrait un signal fort à l’UE en faveur d’une nécessaire révision des priorités de cette agence. Et le différend serait discuté au sein d’un comité mixte afin de trouver une solution plus compatible avec nos principes.

Signer le référendum «Non au financement de l'agence de gardes-frontière Frontex» est un non au soutien financier d’une machine devenue dangereuse; mais c’est surtout un oui au respect des droits humains fondamentaux et un oui à une Europe terre d’accueil de populations en détresse qui veille autant à protéger ses frontières que les personnes qui y cherchent refuge.

Commentaires

  • "La migration massive d'Africains vers l'Europe n'est dans l'intérêt ni de la jeune Afrique ni du Vieux Continent. Seule l'entrée très sélective de quelques "bras" et, surtout, "cerveaux" africains apporterait des avantages à l'Europe, eu égard à son marché du travail hautement compétitif et susceptible de se contracter du fait de la robotisation - in fine, la décroissance de sa population active constituera sans doute un atout plutôt qu'un handicap pour le Vieux continent. De son côté, l'Afrique a davantage à perdre qu'à gagner en "exportant" ses jeunes, comme s'ils étaient un problème et non la solution (...)
    En ce sens, le défi pour l'Afrique contemporaine n'est pas son trop-plein de jeunes mais sa pénurie d'adultes. Etc, etc...
    La suite p.223 de "La ruée vers L'Europe" de Stephen Smith. Un livre à lire absolument...

  • L'Europe peut être comparée à la maison que possède une famille.
    Si un étranger dans le besoin frappe à la porte et demande à manger, on lui donnera.
    S'il demande à passer la nuit, on le lui accordera éventuellement.
    S'il s'impose chez vous , amène sa famille et vous dicte comment vous devez vivre, vous le mettrez à la porte, avec raison.
    Pour éviter d'en arriver là, il ne faut pas laisser tout le monde entrer chez soi comme dans un supermarché, sinon notre naïve bonté deviendra notre perte.
    Il n'y a qu'à voir ce qui se passe maintenant dans tous les coins de l'Europe pour s'en convaincre.

  • Vous allez juste permettre au peuple de confirmer les précédentes votations sur ce sujet (asile, ...). Ce qui va encore plus légitimer des tours de vis.
    Je ne comprends pas trop cette stratégie qui vous coûtera beaucoup plus que cela vous rapportera.

    L'utilisation systémique de la morale égalitaire inclusive durable a coulé la gauche française (c'est bien comme ça qu'on dit dans la novlangue de la gauche européenne ?)
    La morale n'a pas réussis à garder la jeunesse sage avant la mariage, alors la vôtre comme moteur à culpabilité, ça ne marche plus depuis longtemps

    La morale fonctionne lorsque la réalité y est compatible. Dans ce cas, des migrants forcent les frontières, et sans frontières c'est probablement au bas mot 10x plus qui viendraient avec comme fin, forcément, une extrême droite gagnante dans tous les pays européens.

    Les populations européennes ne veulent pas de ces migrants, c'est ça qui conditionne la politique et non la morale.
    Les suisses soutiendront Frontex, à moins que l'UDC anti-européenne ne veut rien donner. Il n'y aura pas de surprise.

    Bref, les quelques millions sont une paille. Et faire un referendum, ça nous coûtera combien au final ?

  • J'ai refusé de signer cette pétition hier, par respect pour mon pays et pour les peuples européens! Je vois en revanche les milliards des mafias internationales qui tous les ans quittent nos pays, pour aller approvisionner des comptes de mafieux milliardaires, dans des pays où les gens meurent de faim! Les verts participent à l'effondrement de toute l'Europe, et ils vont sans aucun doute gagné très vite!

  • Franchement contester Frontex, un acte d'humanité.!!! Chaque pays a le droit d'accepter ou de refuser des personnes. Je suis le premier à dire qu'il faut accepter les réfugiés. Quant aux migrants illégaux c'est non. Les personnes qui cherchent à entrer illégalement dans nos pays ont payé des montants de plusieurs milliers de dollars ce que ne peut pas se permettre la plupart des réfugiés qui croupissent dans des camps. De plus de nombreux migrants viennent de pays qui détestent nos modes de vie. Bonjour les conflits et le terrorisme. A ce propos je parle en connaissance de cause ayant été dans ces pays (et pas pour des vacances). Vous voulez aider ces pays Ok pour un commerce équitable ce qui leur permettra de rester chez eux. Je ne signerai pas ce référendum.

  • C'est pourtant simple d'entrer en Suisse . Demander un visa ! Pas de visa alors pas d'entrée. Certains pays africains nous demandent bien des visas pour se rendre en touriste dans leurs pays. Un citoyen Suisse n'entre pas au Sénégal sans visa alors pratiquons la réciproque !

  • Les verts sont les champions du pire, la fermeture des centrales nucléaire allemandes et la réouverture des centrales à charbon, occasionnent une sur-pollution! L'Allemagne est aujourd'hui le pays européen le plus polluant! Là toute la gauche triomphe avec la victoire au Chili d'un communiste, il semble que toute la gauche oublie la présence du dictateur communiste maduro au Vénézuela! Lui qui a fait de ce pays l'un des plus pauvres du monde! Je suis étonné que si peu de verts/gochos suisses n'émigrent pas dans ce paradis vert tropical!

  • Forcer les frontières, comme ce qui se passe entre le Bélarus et la Pologne, est un acte de guerre, une invasion coloniale !!! Mais dites-nous, puisqu'on ne trouve cette info nulle part : que deviennent tous ces migrants, une fois arrivés en Europe ? Travailleraient-ils peut-être au noir dans des conditions proches de l'esclavage ? Est-ce vraiment faire preuve d'humanité et d'amour de son prochain que d'accueillir tous ces gens qui n'ont pas leur place dans nos sociétés ?

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