Humeur - Page 3

  • La démesure comme fonds de commerce

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    médias, buzz, politique, partis

    « L’important, c’est d’être cité dans les médias, que l’on parle de nous. » m’a récemment dit un élu carougeois avec enthousiasme.

     

    Travailler en commission sur les dossiers ? Ringard. Amener des propositions constructives ? Trop fastidieux. Penser à l’intérêt public ? Inutile.

     

    Car pour avoir son nom, voire sa photo, dans le journal, rien de mieux que l’excès. Et il ne faut pas hésiter à en rajouter. Les médias adorent.

    Et toujours se souvenir que ce n’est pas avec une proposition pragmatique, intelligente et réfléchie qu’on fait le buzz.

     

    C’est ainsi que nos politiciens carougeois, rêvant d’être au Conseil administratif à la place du Conseil administratif, n’hésitent désormais plus à s’inspirer d’un célèbre magistrat genevois passé maître dans l'art du coup médiatique. Lui, il ne construit pas un immeuble, il crée la plus grande tour de Suisse. Il n’organise pas un festival de musique, il accueille les Rolling Stones. Et tant pis si rien ne verra jamais le jour, l'annonce aura eu son effet et c'est ce qui compte.

     

    A Carouge, on réclame à grands cris la démission du Conseil administratif, on évoque une conspiration parce qu’un élu est retenu au Grand Conseil, on annonce une faillite de la commune en demandant une mise sous tutelle des autorités, on n’hésite pas à comparer le journal communal à la Pravda pour deux commentaires déplacés lus dans le dernier numéro. Et tant pis si cette évocation heurte la sensibilité des proches des millions de victimes de la dictature soviétique.

     

    La palme de l’excès doit toutefois être attribuée à la gazette du PLR « le Carougeois » qui, pour exprimer sa réprobation sur le travail des gardes frontières, n’a pas hésité à faire le parallèle avec les méthodes utilisées par les SS.

     

    Tout en finesse, respect et modération…

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  • Les ainés ne représentent pas une catégorie homogène

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    A l’heure où l’on entend des commentateurs parler au nom des trois millions de catoliques en Suisse, comme si ceux-ci constituaient un groupe compact aux aspirations convergentes, me revient la question de l’hétérogénéité identitaire de l’être humain.

     

    L’identité de chacun se construit sur différents critères - culturels, socioéconomiques ou biologiques - plus ou moins objectifs (communauté, classe sociale, cohorte, religion, physique, etc… ). L’importance de ceux-ci pour la personne concernée étant directement correllée au poids que la société leur attribue.

     

    C’est pourquoi, attribuer des désirs, besoins ou avis à un groupe d’individus en fonction d’un seul critère est non seulement idiot mais surtout dangereux. Car cette simplification extrême des individus entraine trop souvent une « naturalisation » de traits identitaires que les individus se sentent ensuite un devoir de développer sous peine d’exclusion.

     

    Prenons les personnes âgées. Combien de projections ne fait-on pas sur ce soi-disant groupe homogène ?

     

    L’idée même qu’arrivé au 4ème âge on souhaite se reposer et se retirer du brouhaha de la ville nous a conduit durant des décénies à construire la majorité des EMS hors des zones urbaines. Ces établissements sont presque tous munis de magnifiques balcons permettant aux résidants de profiter pleinement et tranquillement de leur temps libre. La réalité montre que les EMS en zone urbaine sont aujourd’hui les plus demandés. Quant aux balcons, ils sont surtout utilisés par les familles lors des visites, les résidants préférant eux en général passer leur temps libre dans le lobby en compagnie d’autres personnes.

     

    C’est dans la même vaine que certains groupes politques (dont un particulièrement) attribuent aux personnes âgées un amour imodéré des enfants. Sur le présupposé que le « vieux » est naturellement enclin à rechercher la compagnie d’enfants, ils n’hésitent pas à proposer l’utilisation bénévole de cette catégorie sociale pour la garde d’enfants. On aurait ainsi, avec eux, un réservoir géant de « familles de jour » low cost !!

     

    N’en déplaise à ces doux rêveurs, il y a de nombreux séniors qui n’apprécient pas vraiment la présence d’enfants, et surtout ceux des autres. Comme ils n’aiment pas forcément décorer des crèches de Noël ou tricoter.

     

    Notre société doit apprendre à intégrer la diversité des séniors dans nos institutions et processus. Car s’il y a bien des spécificités inérantes au vieillissement, la catégorisation doit s’arrêter là. Le reste n’est que fantasmes projetés.

     

     

     

     

     

     

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  • Le lobby pronucléaire est responsable

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    Va-t-on connaître le pire au Japon ? Personne ne le sait.

    La situation est sous contrôle dit le gouvernement japonais alors qu’il évacue la population dans un rayon de 20 km autour de la centrale en demandant aux autres de rester chez eux, de porter des masques et de se couvrir le corps. Dès lors, personne ne se hasarde à un pronostic.

    Mais dans tous les cas, quelles qu’en soient les conséquences, cette tragédie aura démontré que la sécurité des centrales nucléaires est loin d’être assurée.

    Un pays comme le Japon qui a équipé la plupart de ses bâtiments et donc également ses centrales nucléaires, des meilleures technologies antisismiques se retrouve complètement démuni suite à un tremblement de terre. Que ce serait-il passé si l’épicentre avait été encore plus proche de la centrale ? Ou si le Tsunami l’avait heurté de plein fouet ?

    Les risques sont connus depuis longtemps et le lobby du nucléaire le sait bien. Ceux qui, en Suisse comme ailleurs, s’engagent activement pour la construction de nouvelles centrales font sciemment courir ces risques à leur population dans le seul but de s’octroyer de juteux marchés.

    Ce lobby et les groupes politiques qui le soutiennent portent d’autant plus une lourde responsabilité dans l’accident de la centrale de Fukushima qu’ils minimisent constamment ces risques afin de rendre leurs centrales plus acceptables. J’attends de ces groupes qu’ils rendent des comptes. Qu’ils expliquent quel sera l’avenir des japonaises et japonais si les craintes des spécialistes s’avéraient confirmée. Et qu’ils nous disent à nous en Suisse ce qu’ils feraient si un tel événement survenait dans notre pays.

    Cette tragédie a comme seul mérite de nous rappeler qu’il faut définitivement et rapidement renoncer à l’énergie nucléaire quite à devenir un peu plus raisonnables dans notre consommation énergétique.

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  • La responsabilité du journaliste

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    Hier soir, le public était invité à Carouge par la Licra pour discuter de l’influence de la presse sur la xénophobie et le racisme.

    Accusés de paver le chemin à la xénophobie, plusieurs représentants de la presse se sont défendus en mettant en avant leur devoir d’information, même si le contenu n’est pas politiquement correct. A partir du moment où la nationalité d’un criminel est mentionnée par la police, la presse n’a pas à opérer de censure. Cette thèse est soutenue par le Professeur Ueli Windish, également présent hier soir, qui insistait sur la capacité des « petits gens » à faire la part des choses et donc à décrypter l’information.

    Cette approche semble au premier abord inattaquable. Ce n’est qu’une fois confrontée à la réalité des pratiques journalistiques que l’on réalise à quel point elle pèche par simplisme.

    Car la presse sélectionne déjà quotidiennement l’information qu’elle distille au public selon des critères qui n’ont rien d’objectifs. S’ils préfèrent parler du dernier coup de gueule de Stauffer plutôt que du délitement du droit du travail ou du problème des particules fines à Genève, ceci n’a rien d’objectif mais répond à des considérations souvent purement mercantiles. En effet, transformer un fait divers en sujet d’intérêt majeur pour la population permet à la presse d’attirer le lecteur à moindre frais.

    Parallèlement, si la plupart des informations sont données au lecteur, la mise en avant de certaines par rapport à d’autre n’a là non plus rien d’objectif. Le choix des manchettes, de l’emplacement et l’espace dévolu à l’article ou encore les titres ou les photos retenues sont autant de facteurs influençant grandement l’angle de lecture du sujet. Et là non plus, les choix ne répondent à aucun critère objectif.

    C’est ainsi que sous prétexte de l’indispensable devoir qu’ont les journaux à transmettre l’information, on tourne un fait divers en événement d’intérêt national sans s’inquiéter des conséquences néfastes que ces pratiques ont sur la cohésion sociale.

    Heureusement que Jean-Philippe Rapp clôturait les débats en rappelant la nécessaire responsabilité des journalistes. Merci à lui.

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