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  • Sphère privée : le double discours

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    On a beaucoup parlé de sphère privée ces derniers temps.

     

    D’un côté, on nous annonce la prochaine installation de plusieurs caméras de surveillance au cœur de Genève. Après Carouge, le quartier des Pâquis va en effet se voir équipé de caméras.

    Avec une nouveauté de taille : le dispositif prévoit du personnel qui scrutera en direct les images retransmises sur les écrans. Permettant d’observer, jour après jour, les faits et gestes des habitants de ce quartier.

     

    Je ne reviendrai pas ici sur le coût très élevé de ce système qui nécessitera du personnel en nombre pour suivre les péripéties des Pâquisards en direct. Cela, contraintes budgétaires obligent, au détriment des patrouilles policière sur le terrain.

     

    Le rêve de Bentham devient réalité. Un panoptique élargi à tout un quartier, voire une ville. Observer sans être vu. Surveiller des populations entières sans se « salir » avec une présence sur le terrain.

     

    Et en 2013, les rares protestations face aux atteintes évidentes à la sphère privée sont immédiatement balayées.

    Car finalement, n’ont à craindre les caméras de surveillance que celles et ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Dès lors, les honnêtes citoyens et leurs biens peuvent se balader tranquiles.

     

    J’ai, je dois le dire, un peu de peine à accepter l’argument. Car il n’y a pas besoin de commettre un crime pour trouver désagréable la sensation d’être épié en permanence.

     

    Et surtout lorsque, quelques jours plus tard, j’entends les mêmes millieux pro-caméras protéger urbi et orbi la sphère privée. Car dès lors que l’on parle d’échange automatique de données bancaires, de transparence fiscale ou de financement des partis, l’argument cité plus haut disparaît comme par magie.

     

    Le secret sur ses impôts, ses revenus ou sa fortune serait-il plus important que celui lié à ses mouvements, ses occupations et ses relations ?

     

    Ou serait-ce une fois de plus la volonté de certaines élites privilégiées de contrôler les milieux populaires tout en s’octroyant, pour leur(s) compte(s), des largesses législatives ?

     

  • Situation économique, attention à la prédiction créatrice

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    Si la Grèce est proche de la faillite et plusieurs pays d’Europe traversent une grave crise, la situation en Suisse reste heureusement globalement satisfaisante. A Genève, on vit certes un ralentissement économique mais notre situation est sans commune mesure avec les pays en crise.

    Et pourtant les représentants de la droite carougeoise n’hésitent pas à peindre la situation économique comme dramatique, voire désespérée.

    Hier encore, ils ont redoublé d’inventivité pour nous annoncer la fin proche de la cité sarde si le budget présenté était voté. Population étouffée par la crise, commerçants en faillite, entreprises aux abois, tout y est passé.

    Cette dramaturgie tend en premier lieu à faire sourire. En effet, la droite qui se bat depuis des décennies contre un contrôle des loyers ou des primes maladies voudrait nous faire croire qu’elle s’inquiète désormais du porte monnaie des citoyens de condition modeste.

    D’autre part, si à Carouge ils s’alarment de l’effet de quelques francs d’impôts supplémentaires sur le porte-monnaie des ménages, ils n’ont pas pipé mot sur la proposition du PLR cantonal d’augmenter linéairement de près de 350.-sfr les impôts de tous les citoyens (y compris les carougeois), quels que soient leurs revenus.

    Une droite avec le PDC en tête qui n’a pas non plus hésité a appeler de ses vœux la prochaine réforme de la fiscalité des entreprises qui pourrait faire perdre pas loin de 20 millions à Carouge. Que les citoyens soient appelés à passer à la caisse pour compenser ces pertes n’émeut pas outre mesure ses représentants qui se battent depuis des années pour offrir des allégements fiscaux à quelques privilégiés.

    Mais en dehors de ces considérations politiques, la stratégie visant à dramatiser outrancièrement la situation comporte des risques très sérieux. Car si l’économie Suisse est en grande partie basée sur les exportations, la consommation intérieure reste primordiale pour de nombreuses PME.

    Alors à force de nous dire que ça va mal et que la situation est désespérée, il ne serait pas étonnant que les citoyens décident de réduire leurs dépenses entrainant cette fois vraiment la Suisse dans une crise économique.

    C’est ce qui s’appelle la prédiction créatrice…

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  • Fiscalité : une remise en question inéluctable

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    Nous venons de vivre ces jours deux nouveaux épisodes sur le front de la fiscalité.

     

    D’un coté la France qui veut dénoncer l’accord sur les successions. Celui-ci, qui s’apprête à souffler ses 60 bougies, prévoit que les héritiers sont imposés au lieu de domicile du défunt et non dans leur pays de résidence.

     

    Sortant de leur torpeur estivale, les porte-parole des milieux financiers crient au scandale. Un texte international, même vieux de bientôt 60 ans, ne devrait pas être remis en question, surtout si celui-ci favorise l’évasion fiscale.

    Car il ne faut pas être dupe, si la révision de ce texte est contesté par les avocats des exilés fiscaux, c’est bien parce que cela rendrait l’exil bien moins avantageux. Quitter son pays pour soustraire ses héritiers au payement de leurs impôts semble à ce point répandu que certains n’hésitent pas à parler de « désastre économique pour Genève » si le lieu d’imposition venait à changer.

     

    Et de l’autre côté, les attaques contre le secret bancaire qui continuent. Certaines en provenance des pays du Sud sont quasi-indolores mais lorsqu’elles viennent des Etats-Unis, ça fait mal. Surtout qu’ils n’hésitent pas à s’en prendre aux gestionaires de fortune et leurs familles.

    Mais même si ça peut parraitre choquant au premier abord, il est important de remettre cette pratique dans son contexte.

     

    Les activités de gestion de fortune incluent dans la plupart des cas un volet « évasion fiscale ». Sous couvert d’optimisation du capital, il est souvent proposé aux clients des placements plus ou moins légaux réduisant autant que faire se peut leurs contributions à leur pays.

    Les gestionnaires le savent bien, eux qui, normalement, voyagent sans aucun document sur leurs clients. Ils doivent souvent faire preuve de grande ingéniosité afin de rencontrer leurs clients avec toutes les informations nécessaires sans courir le risque de transporter de documents compromettants.

     

    Si le gestionnaire de fortune n’est bien entendu pas responsable du choix d’un client de se soustraire au fisc, il devient au minimum complice lorsqu’il permet, voire incite, l’évasion.

     

    Outre la question de savoir qui des employés, des institutions bancaires ou de l’Etat sont responsables, ces deux événements montrent une chose: l’étau se resserre indubitablement sur certaines pratiques financières. Et en priorité sur celles qui, d’une manière ou d’une autre, dépouillent les Etats de leurs ressources et donc la démocratie de ses moyens.

     

    Les gouvernements n’ont plus le choix. Il s’agit de leur survie. Et ne survivront que ceux d’entre eux qui arriveront à s’affranchir des lobbys des milieux financiers. N’en déplaise à certains avocats fiscalistes genevois.

  • La taxe professionnelle : un impôt juste

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    Jeudi dernier, j'ai pu assister à une excellente table ronde où Sandrine Salerno présentait les efforts entrepris par la Ville de Genève pour rendre plus éthiques ses opérations financières.

    Au terme du débat co-organisé par Ethos, Monsieur Yvan Pictet, ancien CEO de la banque du même nom, interpellait les intervenants sur leurs prises de positions en arguant que « les institutions financières participent pour au moins 2/3 des recettes de la taxe professionnelle à Genève ».

    Monsieur Pictet je vous remercie pour cette information des plus utiles qui confirme que la taxe professionnelle, même si elle n'est pas parfaite, est un impôt juste. Il touche prioritairement un secteur qui est connu pour payer relativement peu d'impôts sur ses revenus, ceux sur le capital étant très peu taxés.

    Dès lors vouloir faire croire à la population que la suppression de cette taxe profitera aux indépendants, aux PME ou encore à l'ensemble de la population est un mensonge.

     

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  • Supprimer la taxe professionnelle ? Une très mauvaise idée

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    A peine la dernière baisse d’impôts entérinée et sans attendre d’en connaître les effets sur la santé de nos finances, les libéraux, suivis par leurs dociles partenaires, en remettent une couche. Il s’agit cette fois de supprimer la taxe professionnelle qui serait, selon eux, un impôt absurde.

    Et pourtant, même s’il n’est pas parfait, cet impôt n’en reste pas moins assez bien ciblé par rapport à d’autres qui ne taxent que le travail ou la consommation.

    En 2009 à Carouge, près de 18 % des revenus de la commune provenaient de la taxe professionnelle. Entre 2008 et 2009 le revenu de cette taxe a augmenté de plus de 10 millions, soit de plus de 100% !  Comment expliquer cette augmentation si ce n’est par l’arrivée sur notre territoire de quelques très grandes entreprises connues pour dégager des bénéfices considérables qu’elles utilisent largement pour payer d’importants salaires et bonus à quelques « heureux élus ».

    Diminuer la taxe professionnelle, comme certains partis carougeois ne manqueront pas de le demander, reviendrait ainsi à faire un cadeau fiscal substantiel à deux ou trois très grosses entreprises et non pas aux PME et indépendants carougeois.

    Si l’on veut vraiment leur offrir un soutien, utilisons plutôt les revenus de cet impôt pour mener des politiques proactives telles que le financement de l’encadrement des apprentis ou le soutien à la formation des collaborateurs. Mais renoncer à ces prélèvements sous prétexte qu’une infime partie est payée par des PME est un non-sens total.